Le florilège de Jean Mosnier au Château de Cheverny

Dans la salle des gardes (ou salle d’armes) du château de Cheverny, les décors, peints par Jean Mosnier * sont restés intacts (plafond, lambris, portes et volets intérieurs) et on peut les admirer au cours de la visite.

Les lambris ont attiré l’attention de Louis de la Saussaye, ** qui en fait la description dans son ouvrage « Blois et ses environs » écrit en 1862. Ces lambris comportent notamment des panneaux représentant des fleurs des champs et des jardins, chacun comportant en lettres capitales, sur des phylactères, des devises en latin, allusions aux vertus naturelles, légendaires ou symboliques, des fleurs représentées. Ces citations latines ornaient les lambris de maints châteaux ou hôtels particuliers aux XVIe et XVIIe siècles. Louis de la Saussaye nous fait découvrir les « ingénieuses » explications qui lui ont été données, à propos de ces arabesques et de leurs devises, par Adrien-René Franchet,*** célèbre botaniste du XIXe siècle, et secrétaire jusqu’en 1880 du marquis Paul de Vibraye, propriétaire du château à cette époque. Il y a en tout 20 panneaux dont certains sont cachés par le mobilier. La Grenouille vous en présente huit.

Giroflée des jardins
SENSUM FLECTIT UTRUMQUE
Elle flatte l’un et l’autre sens
« La giroflée est agréable à la vue et à l’odorat »

Iris (de marais)
CALIDISSIMA NASCOR IN UNDIS
Je nais brûlante dans les ondes. 
« La racine de l’iris produit un suc caustique »


Lis Martagon
VOCAT IN CERTAMINA MARTIS
Il est un gage de bataille. 
« Jeu de mots relatif au nom de la fleur qui, traduit en latin, 
offre ce sens pour donner une âme à la devise : 
Champ de Mars, champ clos, lice (Martis agon) ».

Campanules Bleues (grande espèce) 
ET SIGNVM CAMPANA DABIT
Et la cloche donnera le signal. 
« Allusion à la cloche qui, dans les châteaux, annonce,
de temps immémorial, l’heure de chaque repas ».

Amarantes rouges
FORMAN POST FVNERA SERVO
Ma forme après la mort subsiste. 
« Les fleurs de l’amarante conservent leur forme 
et leur couleur longtemps après avoir été détachées. »

Oeillets
PERII NON MARTE SED ARTE
L’art et non mars m’a fait périr. 
« Par la culture, les pétales des oeillets se multiplient 
au point que le calice, ne pouvant les contenir, se rompt de chaque coté ».

Quelques pensées
QUAE NON SE JACTAT IN AULA
Celle-ci ne se plaît pas à la cour. 
« La pensée est le symbole de la méditation. L’homme méditatif, 
le philosophe sincère, n’ambitionne qu’une modeste existence. »

Ancolie
NIL METUAS ARMATACUCULLIS
Ne crains rien armée de capuchons. 
« L’ancolie formée de pétales en capuchon, est le symbole de l’hypocrisie 
(figurée avec un capuchon sur des vélins et des figures satiriques du Moyen-âge). 
Il existe d’autres symboles comme la mélancolie ».

Constance de Vibraye - Château de Cheverny
Constance de Vibraye
À cheverny, les fleurs sont toujours reines

Les jardins du château ont été en partie transformés par Charles Antoine et Constance de Vibraye (création du jardin des apprentis, transformation de l’ancien jardin potager et, cette année, les 100 000 plants de tulipes dans le parc). Perpétuant le florilège de Jean Monier, Constance de Vibraye a donc, depuis son arrivée au château, donné une grande importance au fleurissement du parc et des jardins où elle s’approvisionne en fleurs pour fabriquer les bouquets dont elle décore régulièrement chaque pièce du château en fonction des saisons.

Le Héron - La Grenouille n° 27 - Avril 2015

*Jean Mosnier : peintre renommé né à Blois en 1600. Recommandé par Marie de Médicis, il passe 8 ans à l’école de Rome et se lie d’amitié avec le peintre Nicolas Poussin.
** Louis de la Saussaye (1801-1878) : il fut l’un des premiers historiens blésois. Son ouvrage « Blois et ses environs » a connu, à son époque, un beau succès. En 1828 Il entrepris la restauration du château de Troussay qu’il venait d’acquérir. (voir n° 4 de « La Grenouille » de juillet 2009).
*** Adrien-René Franchet : Lire l’article qui lui est consacré dans le n° 18 de « La Grenouille » de janvier 2013.