La clinique de La Borde, une aventure humaine avant tout



La clinique de La Borde, à Cour-Cheverny, est un lieu particulier qui tente, avec conviction, de préserver les malades qui lui sont confiés des agressions extérieures pour les soigner en les respectant.
Ici, on accorde un très grande importance au bien-être et à l’ambiance, qui constituent une thérapie en soi. Et l’ambiance est l’affaire de tous : soignants et soignés qui installent une dynamique de vie qui fonctionne positivement pour tous. Bien sûr, le monde idéal n’existe pas, mais la prise en compte et l’amélioration du confort des malades est une préoccupation constante.

L’établissement de La Borde, constitué officiellement le 3 avril 1953, fêtera ses soixante ans le 3 avril 2013.
Les choses ont beaucoup évolué depuis 1953, date de l’ouverture de l’établissement par le docteur Jean Oury, qui nous raconte : 
« En mars 1953, après la fermeture de l’hôpital psychiatrique de Blois, je suis parti dans la campagne, suivi par 33 malades. Une équipée improbable, sans stratégie, qui nous a menés à Muides où nous avons été hébergés dans un hôtel. Fin mars, j’ai repéré le château de La Borde qui était à vendre. Je n’avais pas d’argent, mais j’ai trouvé un arrangement avec le propriétaire et j’ai emprunté. Le château et ses alentours étaient en état d’abandon. Pourtant, la vieille chaudière, qui datait de 1914, fonctionnait encore tant bien que mal. Les bois alentours ont constitué une ressource inattendue. Son défrichage et un abattage ciblé m’ont aidé à assurer la première année de remboursement du prêt.
La Borde s’est vite avéré insuffisant en terme d’accueil des malades. « La Chesnaie » (à Chailles) a ouvert ses portes en juillet 1956 et a atteint sa capacité d’accueil maximum en un mois . Puis d’autres établissements ont suivi.»

Des nouveaux locaux aux normes pour des patients hors normes :

Le 19 novembre 2012, la clinique de La Borde a inauguré la transformation totale du premier étage du château. Cette journée marquait l’aboutissement de plusieurs années de démarches en vue d’améliorer le confort et la sécurité des pensionnaires, ainsi que l’accueil et la prise en charge des patients de l’hôpital de jour. Ce premier étage était jusqu’alors occupé par 28 résidents qui couchaient dans des chambres et dortoirs qui n’étaient plus aux normes. En particulier les normes d’accueil des handicapés, normes d’hébergement, de sécurité et d’incendie. Sur ce dernier point, par exemple, la cigarette pose un vrai problème en psychiâtrie où il est difficile de discipliner les malades.
En 2010 a été construit un nouveau bâtiment dans le parc pour y transférer les 28 occupants de l’étage du château dans des locaux neufs, parfaitement conçus en fonction des besoins et contraintes. Les chambres sont prévues pour accueillir de une à trois personnes. Les malades y sont répartis suivant leurs affinités et pathologies : certains sont seuls, d’autres ont besoin d’un compagnon de chambrée, d’autres encore supportent difficilement l’effet «miroir» d’une seconde personne et s’équilibreront avec une troisième présence...

Le premier étage du château a été nouvellement attribué à l’hôpital de jour, avec une capacité de 30 places. Précédemment, quinze places étaient attribuées à l’hôpital de jour dans un bâtiment annexe. Le passage de quinze à trente places n’est pas seulement une question de locaux, une demande d’autorisation a été déposée auprès de l’ARS (Agence Régionale de Santé du Centre) qui, après cinq ans d’instruction, a permis à l’établissement d’augmenter sa capacité d’accueil en hôpital de jour. Le service, ouvert de 9 h. à 17 h., se répartit entre l’accueil, le bureau du médecin, l’infirmerie, la salle de réunion, la salle polyvalente, des ateliers, la cafétéria et une salle de repos pour les patients. 

L’équipe des moniteurs de l’hôpital de jour intervient aussi à l’extérieur de La Borde, notamment dans les maisons associatives qui dépendent de la fédération nationale des associations, à l’exemple de «Croix marine», association d’aide à la santé mentale, dont la délégation régionale de Blois est présidée par le docteur Le Carpentier. Ces maisons peuvent accueillir jusqu’à sept patients qui se côtoient dans un lieu dédié, conservant ainsi un lien social. Elles peuvent constituer une étape avant un retour à un habitat individuel indépendant quand c’est possible. Mais en matière de soins et d’accueil, La Borde et ses émules ne déterminent jamais à l’avance, contrairement à d’autres structures, une «date limite» de prise en charge de ses patients. 
À la clinique de La Borde, établissement de psychothérapie institutionnelle, on résiste à la froideur administrative. Historiquement et sous l’impulsion du docteur Oury, sa direction est d’abord médicale.

« La Borde » a toujours fait école à l’échelle de la planète. Une vingtaine de stagiaires de toutes nationalités y séjournent de un jour à six mois et la liste d’attente est longue...


La Grenouille  - La Grenouille n° 18 - Janvier 2013